Couverture de la revue Permanences critiques - n°5

Permanences Critiques

Permanences critiques est une revue de recherche qui se propose de produire des savoirs critiques.

Critiques, d’abord, car ils abordent les phénomènes sociaux dans leur complexité pour en cerner les structures profondes.

Critiques, ensuite, car ils assument leur ancrage dans les mouvements de transformation sociale pour y déployer des perspectives stratégiques.

Critiques, enfin, car ils explicitent les arguments qui les soutiennent pour permettre aux lecteur·rice·s de se positionner de manière autonome.

Comité éditorial

Michel Boving • Fabio Bruschi • Mario Bucci • Marie Deridder • Adrien Godefroid • Mona Malak (secrétaire de rédaction) • Nicolas Marion (secrétaire de rédaction, éditeur responsable) • Cécile Piret (secrétaire de rédaction)

Édition et diffusion

Permanences critiques est une revue publiée par ARC – Action et Recherche Culturelles, avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

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Travail à distances : l’omniprésence numérique

Ce cinquième numéro de Permanences Critiques invite à réfléchir à ce que l’omniprésence numérique fait au travail. Lorsque, au moyen d’outils numériques, le travail est mis à distance des collègues, du manager, des usagers d’un service, d’une structure d’entreprise formelle, etc., ce sont des environnements de travail entier qui sont refaçonnés, non seulement par la flexibilisation spatio-temporelle qui sous-tend ces modalités de mise au travail, mais aussi parce qu’ils deviennent, de fait, des endroits d’extension du capitalisme numérique. Les contributions de ce numéro en éclairent les différents aspects et réinterrogent sous ce prisme les défis nouveaux qui s’imposent aux mondes du travail.

Éditorial

Le dossier de ce cinquième numéro de Permanences Critiques, intitulé « travail à distances : l’omniprésence numérique », entend interroger les multiples processus occasionnés par la mise à distance du travail par les outils numériques. Lorsque le travail est mis à distance des collègues, du manager, des usagers d’un service, d’une structure d’entreprise formelle, etc., ce sont des environnements de travail entier qui sont refaçonnés, non seulement par la flexibilisation spatio-temporelle qui sous-tend ces modalités de mise au travail, mais aussi parce qu’ils deviennent, de fait, des potentialités d’extension du capitalisme numérique à de nouvelles sphères, et en particulier, depuis la pandémie, à celle de la vie privée et des services publics. Or, cette extension amène avec elle des changements tout à fait singuliers qui défient les dimensions démocratiques du travail et des institutions, qui véhiculent un nouveau modèle idéologique managérial et solutionniste, et qui génèrent, aussi, de nouvelles formes d’exploitation et donc de nouvelles formes de résistances. A l’heure où le travail est de plus en plus effectué et subordonné à distance, d’un spectre allant du télétravail au travail pour les plateformes de livraison, ces processus nous semblent fondamentaux à identifier de manière critique.

À travers des contributions qui sont au croisement du travail et du numérique – parfois plus vers l’un ou l’autre de ces pôles –, le dossier de ce numéro souhaite déplier l’analyse, les enjeux et les pistes politiques pour penser et faire face à cette omniprésence numérique dorénavant inscrite dans le travail.

L’étude de Cécile Piret qui ouvre ce numéro revient sur le fait social d’ampleur qu’a constitué la mise au télétravail de milliers de travailleuses et de travailleurs durant la pandémie. L’auteure propose de l’appréhender depuis l’opportunité qui en a été saisie pour accroître encore davantage l’intrusion de l’économie numérique dans l’organisation du travail. La comparaison entre le télétravail et d’autres formes digitalisées de travail à distance permet alors d’autant mieux d’en identifier les tendances convergentes et les enjeux stratégiques communs pour faire face au déploiement du capitalisme numérique. Dans la continuité des enjeux stratégiques soulevés par l’étude, l’article de Fanny Lederlin part du constat que la pandémie a réveillé la critique du travail. L’auteure en déconstruit les coordonnées idéologiques et politiques et montre que lorsque cette critique se traduit dans l’attrait pour le télétravail ou le travail indépendant, elle est peu à même de se convertir en une amélioration sociétale. L’auteure rappelle ainsi la distinction fondamentale et éclairante pour son actualité, entre une pensée de l’émancipation individuelle des contraintes du travail et celle de l’émancipation collective par le travail.

Les deux contributions suivantes, celle de Gilles Jeannot et l’entretien avec le collectif du Travail Social en Lutte, traitent des effets de l’introduction des intermédiaires numériques dans l’organisation du travail et les relations avec les usagers au sein des services publics. Le premier montre comment la dématérialisation des guichets sociaux affecte avant tout les usagers les plus pauvres et qu’à cette occasion, la fracture numérique elle-même peut se transformer en un marché rentable. L’entretien avec deux militantes du Travail Social en Lutte, Magali Gillard et Nora Poupart, quant à lui, développe ce que cette même dématérialisation fait aux travailleuses et travailleurs sociaux. Lorsque les guichets de ces services restent fermés, s’opère une sous-traitance de l’accueil et de l’accompagnement de ses usagers qui redéfinit les fonctions du travail social, en standardise les tâches, et par conséquent, en approfondit la perte de sens.

Enfin, l’article de Stéphane Couture aborde cette fois comment les outils numériques deviennent des moyens de résistances pour améliorer les conditions collectives de travail, et ce à travers l’exemple des chauffeurs Uber et des influenceuses d’Instagram. Il montre comment les pratiques de déjouement des algorithmes permettent dans ces deux cas aux travailleuses et travailleurs de reprendre du contrôle et de l’autonomie dans leur travail, et propose de les appréhender à travers le concept de résistance tactique pour en soulever les atouts et les limites.

Ce numéro se termine avec un varia où est présenté un entretien de Mona Malak avec Veronica Martinez, directrice et fondatrice de BruZelle qui lutte depuis 2016 contre la précarité menstruelle. Elles reviennent sur l’ampleur du problème de la précarité menstruelle et la constitution de BruZelle en ASBL subsidiée pour y souligner une ambivalence fondamentale : l’aide apportée aux femmes contre la précarité menstruelle est dépendante d’une autre précarité, cette fois associative, qui rend fragile, voire même sabote, les missions que l’organisation se donne.

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Éditorial
Travail à distances : l’omniprésence numérique
Secrétariat de rédaction
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Étude
L’économie du télétravail
Cécile PIRET
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Analyse
Ne jetons pas le travail avec l’eau de la critique
Fanny LEDERLIN
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Analyse
De l’administration électronique à la privatisation numérique
Gilles JEANNOT
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Analyse
Quand le digital s’attaque au travail social
Cécile PIRET
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Analyse
Résistances tactiques en contexte de travail numérique
Stéphane COUTURE
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Varia
BruZelle : précarité menstruelle et associative
Mona MALAK
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