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Permanences Critiques

Permanences critiques est une revue de recherche qui se propose de produire des savoirs critiques.

Critiques, d’abord, car ils abordent les phénomènes sociaux dans leur complexité pour en cerner les structures profondes.

Critiques, ensuite, car ils assument leur ancrage dans les mouvements de transformation sociale pour y déployer des perspectives stratégiques.

Critiques, enfin, car ils explicitent les arguments qui les soutiennent pour permettre aux lecteur·rice·s de se positionner de manière autonome.

Comité éditorial

Michel Boving • Fabio Bruschi (secrétaire de rédaction, éditeur responsable) • Mario Bucci • Marie Deridder • Elise Derroitte • Adrien Godefroid • Nicolas Marion (secrétaire de rédaction) • Cécile Piret (secrétaire de rédaction)

Édition et diffusion

Permanences critiques est une revue publiée par ARC – Action et Recherche Culturelles, avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

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Abonnement

Domination digitales, combats numériques

Alors que nous assistons à une expansion sans précédent de l’implémentation des technologies et des logiques propres au numérique, nous affrontons de concert un renforcement de plus en plus explicite de la tendance autoritaire intrinsèque à l’idéologie néolibérale. Ce premier numéro de Permanences critiques fait l’hypothèse que l’intrication forte de ces deux réalités produit des dominations nouvelles et implique, de ce fait, des combats nouveaux. Différentes perspectives sont ici mobilisées pour déconstruire cette problématique et mieux armer celle et ceux qui l’affrontent.

Éditorial

Qu’est-ce que Permanences critiques ?
L’ARC réalise depuis plusieurs années un travail de recherche dans le champ de l’éducation permanente. Ce travail vise à traiter les nœuds problématiques irrésolus que nous imposent nos luttes quotidiennes autant que les ambivalences de nos pratiques et de nos secteurs. Afin de fidéliser nos lecteur·rice·s, de valoriser nos contenus et de fournir un support adapté à un mode de lecture lent, mais aussi afin de diversifier nos perspectives et d’approfondir nos thématiques, nous avons décidé d’inscrire nos recherches dans le cadre d’une revue : Permanences critiques.

Nous souhaitons ainsi contribuer au travail de réflexion propre au secteur de l’éducation permanente et du champ associatif au sens large, en assumant que la complexité des problèmes que l’on se trouve à affronter requiert, aujourd’hui plus que jamais, de prendre le temps du décalage, de l’analyse et de la conceptualisation, de manière à se donner des repères pour s’orienter, sur un temps long, dans les tendances qui animent la société.
Permanences critiques souhaite donc produire des savoirs critiques et permanents.

Critiques, d’abord, car ils abordent les phénomènes sociaux dans leur complexité pour en cerner les structures profondes. Critiques, ensuite, car ils assument leur ancrage dans les mouvements de transformation sociale pour y déployer des perspectives stratégiques. Critiques, enfin, car ils explicitent les arguments qui les soutiennent pour permettre aux lecteur·rice·s de se positionner de manière autonome.

Mais aussi permanents, parce que, tout en prenant leur élan dans l’actualité, ces savoirs ne s’y épuisent pas : leur pertinence ne s’assèche pas avec le passage de l’actualité et ils ne s’exténuent pas à lui courir après à tout prix.

En bref, Permanences critiques affronte des problèmes permanents avec les armes d’une critique permanente.

Notre champ d’analyse est potentiellement infini, mais il n’en est pas moins défini. Alignés sur les thématiques d’action de l’ARC, les objets privilégiés de nos dossiers seront les implications culturelles de la domination du système capitaliste, la numérisation de la société et ses conséquences économiques, politiques et culturelles et, enfin, la représentation des classes populaires en démocratie.

Porté par notre équipe de chercheur·se·s de manière autonome, le travail de Permanences critiques est guidé par un comité éditorial qui, réunissant animateur·rice·s et cadres de l’éducation permanente, ainsi que chercheur·se·s en éducation permanente et académiques, se veut représentatif de l’ensemble de nos exigences.

Chaque numéro de Permanences critiques se structure autour d’un dossier thématique. Celui-ci est composé :

  • d’une étude, qui a pour objectif de dégager les aspects fondamentaux d’une problématique, d’en élaborer une critique et d’identifier son impact sur le secteur associatif ;
  • de plusieurs analyses, qui se concentrent sur des aspects plus spécifiques de la problématique et/ou l’élucident depuis des points de vue situés.

Enfin, chaque numéro est clôturé par des varia qui, comme le nom l’indique, varient : comptes-rendus, analyses sur d’autres sujets que ceux abordés par le dossier, réactions face à l’actualité, etc.

Dominations digitales, combats numériques
Le dossier de ce premier numéro, intitulé « Dominations digitales, combats numériques », s’axe sur deux aspects fondamentaux de notre actualité politique. D’abord, une expansion sans précédent de l’implémentation des technologies et des logiques propres au numérique compris comme l’ensemble des techniques, des matérialités, des processus (économiques, sociaux, culturels, politiques, etc.), ainsi que des cadres de sens et des choix qui – d’une façon ou d’une autre – dépendent des outils numériques. Ensuite, le renforcement de plus en plus explicite de la tendance autoritaire intrinsèque à l’idéologie néolibérale, portant à libéraliser chaque jour davantage la sphère du marché tout en concentrant de plus en plus les prérogatives de l’État sur ses fonctions régaliennes, le contrôle des populations, l’encadrement des libertés et ce afin d’empêcher la société d’avoir du poids sur la façon dont fonctionne ledit « marché libre ». Dans ce dossier, nous faisons l’hypothèse qu’il existe un lien, voire une intrication forte de ces deux réalités, conduisant à assumer que le complexe qu’elles constituent ensemble produit des dominations nouvelles et implique, de ce fait, des combats nouveaux.

Différentes perspectives ont été ici mobilisées afin de déplier cette problématique qui semble d’autant plus complexe qu’à cause de son actualité brûlante nous avons tou.te.s, en quelque sorte, le « nez dans le guidon ». D’abord, l’étude « L’autoritarisme discret du technocapitalisme », écrite par Nicolas Marion, propose une généalogie croisée et critique de la montée en puissance de cette « technique autoritaire » qu’est le numérique au sein du néolibéralisme contemporain et explore les défis que pose cette intrication techno-politique, notamment au niveau des rapports entre société civile et État. Le texte proposé par Cédric Durand – « L’esprit du capitalisme numérique : la préférence pour le contrôle » – revient de son côté sur les effets très pernicieux de ce technocapitalisme dans l’espace de l’entreprise.

Trois autres contributions vont offrir à ces premiers déplis critiques des perspectives stratégiques pour penser les combats numériques. D’abord, le texte de Fabio Bruschi, « Casser les GAFAM ou socialiser les infrastructures de feedback ? », s’intéresse aux conséquences de l’extension de l’économie numérique à l’intérieur du marché comme organe de coordination sociale. Sur cette base, l’article évalue la portée de certains combats ayant pour horizon la transformation de cette économie : celui de la lutte contre les monopoles et celui de la socialisation des infrastructures numériques. La contribution de Nicolas Alep, auteur avec Julia Laïnae de l’essai Contre l’alternumérisme, esquisse – comme l’indique son titre – « Quelques pistes de réflexion pour une décroissance numérique ». L’auteur propose de montrer toutes les ambivalences charriées par le trope de la « décroissance », dès lors qu’il s’agit d’en faire un outil conceptuel technocritique. Il envisage, à ce titre, les voies d’une authentique désescalade numérique comme horizon de la lutte contre les dominations numériques qui nous occupent. Enfin, l’entretien « Pour un numérique libre, transparent, local et coopératif » revient, avec les initiateurs de la coopérative bruxelloise Nubo, sur les questions soulevées par le dossier dans le cadre de pratiques concrètes où s’élaborent des solutions alternatives aux propositions dominantes du marché numérique. Expliquant les services alternatifs proposés par leur coopérative, l’entretien est l’occasion d’éclairer combien sont sensibles les tendances ici décrites et quels enjeux doivent affronter les acteurs de la société civile qui veulent construire des contre-modèles face au technocapitalisme numérique.

L’intention et l’espoir de ce premier dossier est d’offrir des clés de lecture pour polariser les débats et les combats qui en résultent. En particulier, à l’heure où le « distanciel » s’est institué comme une nouvelle norme, ce numéro fait le pari qu’un outillage critique plus radical permettra à ceux et celles qui affrontent ces réalités au quotidien, notamment mais pas seulement dans les associations socioculturelles, de se positionner plus habilement face aux enjeux fondamentaux que leur adresse l’autoritarisme latent du technocapitalisme.

Enfin, dans la partie Varia de ce numéro, Pauline Feron nous propose un compte-rendu, nourri par ses expériences militantes, du livre : La révolution féministe d’Aurore Koechlin. Elle revient notamment sur l’émergence d’une quatrième vague féministe et sur les enjeux soulevés par la revendication d’une grève du travail reproductif. L’ouvrage de Koechlin permet de saisir tout l’intérêt actuel de repenser la théorie de la reproduction sociale afin de créer de nouvelles convergences dans les mobilisations féministes.

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Table des matières
Contenu
Titre
Aut.eur.rice
Lien
Éditorial
Qu’est-ce que Permanences critiques
Secrétariat de rédaction
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Étude
L’autoritarisme discret du technocapitalisme
Nicolas MARION
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Analyse
L’esprit du capitalisme numérique : la préférence pour le contrôle
Cédric DURAND
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Analyse
Casser les GAFAM ou socialiser les infrastructures de feedback ?
Fabio BRUSCHI
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Analyse
Quelques pistes de réflexion pour une décroissance numérique
Nicolas ALEP
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Entretien
Pour un numérique libre, transparent et coopératif,
entretien avec la coopérative Nubo
Collectif
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Varia
A propos de la « Révolution féministe » d’Aurore KOECHLIN
Pauline FERON
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Magazine
N° 1 – Juin 2021
Collectif
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