Permanence critiques n°2 - Éducation populaire et mouvements sociaux du travail

Permanences Critiques

Permanences critiques est une revue de recherche qui se propose de produire des savoirs critiques.

Critiques, d’abord, car ils abordent les phénomènes sociaux dans leur complexité pour en cerner les structures profondes.

Critiques, ensuite, car ils assument leur ancrage dans les mouvements de transformation sociale pour y déployer des perspectives stratégiques.

Critiques, enfin, car ils explicitent les arguments qui les soutiennent pour permettre aux lecteur·rice·s de se positionner de manière autonome.

Comité éditorial

Michel Boving • Fabio Bruschi (secrétaire de rédaction, éditeur responsable) • Mario Bucci • Marie Deridder • Elise Derroitte • Adrien Godefroid • Nicolas Marion (secrétaire de rédaction) • Cécile Piret (secrétaire de rédaction)

Édition et diffusion

Permanences critiques est une revue publiée par ARC – Action et Recherche Culturelles, avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

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Éducation populaire et mouvements sociaux du travail

Alors que les mouvements sociaux du travail peinent aujourd’hui à sortir d’une posture défensive et à obtenir de réelles avancées, ce deuxième numéro de Permanences Critiques invite à s’interroger sur la nécessité de dépasser un référentiel d’émancipation hérité de la société du compromis social. En prendre acte constitue un point de départ invitant à repenser la visée de transformation sociale des pratiques d’éducation populaire et de formation des travailleuses et des travailleurs.

Éditorial

Le dossier du deuxième numéro de Permanences Critiques, intitulé « Éducation populaire et mouvements sociaux du travail », entend aborder les nombreux enjeux actuels qui se posent à l’éducation et la formation des travailleurs et travailleuses dès lors qu’il s’agit de penser l’horizon politique des mouvements sociaux du travail. La réflexion sur l’orientation et la visée des luttes autour de la question du travail soulève en effet avec acuité aujourd’hui le problème du dépassement d’un référentiel d’émancipation des travailleuses et des travailleurs qui s’est largement construit dans l’héritage de la société du compromis social ou fordiste : celui d’une émancipation obtenue par la subordination des mouvements sociaux du travail au cadre fixé par le projet de société de la classe dominante. Si ce mouvement d’intégration des mouvements sociaux du travail dans l’horizon capitaliste, tant idéologique qu’institutionnel, a pu, durant quelques décennies, apporter des progrès non négligeables pour les travailleuses et travailleurs, il est, face au néolibéralisme, en crise profonde, et entrave les possibilités de réinventer un référentiel d’émancipation plus à même de répondre aux enjeux globaux que les mondes du travail doivent affronter.        

Notre intention a été de rassembler autour de ce numéro des chercheur·euses, militant·es, et/ou formateur·trices issues du secteur de l’éducation permanente qui, chacun·e à leur manière, apportent une réponse située et concrète à cette problématique. À partir de la question du travail, ce sont plus généralement les oppressions continues générées par les dynamiques conflictuelles entre le capital et le travail (sociales, migratoires, écologiques, etc.) et, fondamentalement, l’hégémonie d’une classe sociale sur une autre qui sont mises en avant dans le dossier. En retour, la visibilisation de ces processus permet de construire un regard réflexif sur les pratiques, les limites et les potentialités de l’éducation permanente lorsqu’elle s’adresse aux travailleuses et aux travailleurs.

En début de numéro, l’étude de Cécile Piret développe la perspective du dossier en soulignant, à partir d’un cadrage historique, que le développement de l’éducation et de la formation des travailleurs et travailleuses est étroitement lié à la mise en place des structures de la société du compromis social. Plus particulièrement, en prenant en charge la formation syndicale institutionnalisée dans ce contexte, les organismes d’éducation populaire ont accompagné au premier plan ce mouvement d’intégration du mouvement ouvrier dans le régime fordiste, à l’intérieur comme à l’extérieur des lieux de production. L’étude souligne alors que les transformations néolibérales de l’hégémonie capitaliste dans le sens d’une nouvelle forme de despotisme obligent à interroger la pertinence, du point de vue de l’émancipation des travailleurs et des travailleuses, des résidus actuels de ces formes d’intégration et des formes d’éducation qui leur étaient associées.

Les trois analyses qui composent le dossier apportent des outils méthodologiques et des réflexions théorico-stratégiques afin de repenser des perspectives d’autonomisation de la classe des travailleurs et d’inscrire, par conséquent, l’éducation permanente dans des objectifs renouvelés. D’abord, le texte de Pietro Tosi montre comment des contextes d’exacerbation des oppressions comme celui auquel ont fait face les travailleurs sans-papiers pendant la pandémie du covid-19 poussent autant à un renouvellement des pratiques éducatives et politiques d’éducation populaire plus classiques qu’au surgissement de pratiques d’auto-organisation que les acteurs et actrices de l’éducation permanente se doivent d’accompagner dans une perspective mutualiste.

Ensuite, l’analyse de Jean Matthys revient sur la méthode des enquêtes ouvrières en défendant leur statut de pratique de production collective de savoirs. Alors qu’il existe aujourd’hui un regain d’intérêt pour les enquêtes ouvrières, militantes et populaires, il propose de les considérer comme des outils privilégiés pour mettre en exergue les tensions et les blocages des lieux institutionnalisés de l’éducation permanente afin d’œuvrer non pas à l’amélioration du cadre existant, mais à l’approfondissement de sa crise.

Enfin, la contribution de Nicolas Latteur propose un ensemble de pistes de réflexion pour (re)faire de l’éducation permanente et de la formation des travailleurs des espaces où s’élaborent de nouveaux projets émancipateurs. Il propose de mettre au centre de ces espaces tant les savoirs populaires que les questions stratégiques et plus particulièrement celles opérant à la convergence des luttes. Fondamentalement, penser l’émancipation du travail passe aujourd’hui par un projet de transformation à la fois sociale et écologique nécessitant d’aller au-delà des utopies productivistes et du compromis social-démocrate du passé.    

Chacune de ces contributions souligne que les dynamiques d’absorption des visées contestatrices des mouvements sociaux du travail créent toujours, simultanément, des contre-mouvements et des espaces de résistances permettant de poursuivre et d’approfondir la contestation. Nous espérons que ce dossier thématique participe à les entretenir.

Ce numéro se clôture avec un varia de Nicolas Marion qui se penche sur les pratiques de « filtrage » de plus en plus promues, notamment par les grands acteurs numériques, pour lutter contre le complotisme, afin de questionner leur rôle dans la dépolitisation du débat public.

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Table des matières
Contenu
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Aut.eur.rice
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Éditorial
Éducation populaire et mouvements sociaux du travail
Secrétariat de rédaction
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Étude
D’une hégémonie à l’autre
Cécile PIRET
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Analyse
Une lecture gramscienne de l’éducation populaire
Pietro TOSI
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Analyse
Vingt thèses sur l’actualité intempestive de l’enquête ouvrière
Jean MATTHYS
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Analyse
Éducation populaire et émancipation. Quelques pistes.
Nicolas LATTEUR
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Varia
La guerre des filtres
Nicolas MARION
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